ETUDE COMPAREE DES CALVAIRES DE KERBREUDEUR ET DE TRONOËN

Ces deux calvaires sont les calvaires monumentaux les plus anciens de Bretagne. Mais on ne sait pas avec certitude lequel des deux est le plus ancien.

Une étude de détail de la construction de ces deux calvaires montre que dans les deux cas on peut avoir une construction en plusieurs étapes et que parfois on détecte des détails qui montrent qu'au cours de la construction qui probablement a duré plusieurs années voire plusieurs dizaines d'années, le schéma a été modifié.

On peut penser qu'à l'origine les deux monuments ne comportaient qu'une mace sans statue ni frises avec les trois croix, en effet, on constate dans les deux monuments que les statues et les frises sont rapportées et incorporées au monument et qu'elles peuvent assez facilement être remplacées ou enlevées. Dans le calvaire de Tronoën on remarque que des groupes de statues ou des scènes sont disposées sur des emplacements qui ne semblent pas prévus pour les recevoir, c'est le cas pour la cène qui déborde de la corniche, les pieds de la table sont suspendus dans le vide, la scène du double baptême si l'un est bien sur la corniche le deuxième est suspendu dans le vide, on remarque en arrière une niche suffisante pour recevoir l'unique baptême de Jésus. On constate que les deux baptêmes sont sculptés dans deux blocs de pierres différents, et on peut penser que dans un premier temps on a placé le baptême du Christ et que dans un deuxième temps on a fait sculpter et placé le deuxième baptême en recentrant les scènes.

La plupart des sculptures sont représentées sur le calvaire par scène chaque scène est sculpté sur une seule pierre. L'ensemble est complété par quelques statues isolées. Donc on peut légitimement penser qu'au départ le calvaire ne comportait que la maçonnerie de base avec les trois croix, les trois corniches étaient prévues pour recevoir statues et frises. Les statues et frises ont été placées ensuite, les sculpteurs et les maçons ont pu ainsi travailler indépendamment. Mais ceci paraît être le cas général, souvent d'ailleurs statues et frises sculptées sont en pierres différentes. Ceci permet aussi des dons de donateurs qui veulent participer à l'ouvrage, cela se pratique aussi pour les vitraux qui portent souvent les noms des donateurs.

Le calvaire de Kerbreudeur paraît aussi être bâti sur le même principe à l'origine on peut penser que seule la partie postérieure en maçonnerie de moëlons de grès schisteux noirs non taillés avec les trois croix en granit (seules sont d'origine les croix des larrons), un entablement était prévu du côté ouest était prévu pour recevoir des statues et des frises sculptées. En examinant de près la maçonnerie on s'aperçoit que la partie ouest (la niche) paraît rajoutée, les pierres de la maçonnerie ne sont pas croisées avec la maçonnerie postérieure. On constate aussi même après les travaux de restauration de 2012 que les pierres taillées avec les frises sont assez maladroitement adaptées pour former la niche (on pourrait dire le tombeau du Christ), vu que dans le fond on a une pierre sculptée représentant la résurrection. Seule cette partie comporte des sculptures. On remarque que les deux pierres latérales de la niche sont sculptées des deux côtés. celle du nord du côté externe représente la Nativité et les rois mages, du côté interne le baptême de Jésus. Celle du sud représente du côté interne Le péché originel, Adam et Eve sont chassés du Paradis terrestre. à l'extérieur Sainte Catherine d'Alexandrie avec sa roue, et Saint-Michel terrassant le démon pour délivrer une âme. (peut-être un enfant vu sa taille mais peut être aussi un adulte, parce qu'à l'époque on utilise une hiérarchie des tailles selon l'âge).

La frise sculptée du bas, côté ouest, est sculptée sur 3 faces, la face avant qui représente le chemin de Croix, Jésus porte sa croix précèdé par sa mère soutenue par Saint Jean ou Marie Madeleine, (plutôt Saint-Jean il est cheveux nu), suivi par les deux larrons retenus chacun par une corde à noeud coulant autour du cou, Jésus est aussi tenu par une corde mais à la taille.

Les faces latérales: du côté nord deux personnages l'un est attaché à un pieux, s'agit il de Jésus?

On remarque que la frise déborde largement de la maçonnerie de ce côté alors que du côté sud elle est au même niveau. cette frise est sculptée sur un seul bloc de granit.

La résurrection au fond de la niche sculptée sur une seule pierre, les trois frises sculptées sont posées chacune sur une pierre de taille le niveau du toit est obtenu par deux rangs de maçonnerie assez grossiers, et le toit est fait par trois pierres plates mais seule la pierre de façade est taillée en forme de dessus de porte. On remarque que cette pierre est plus haute que les deux autres comme si les pierres du toit étaient destinées à être recouvertes. Plus haut j'ai émis l'hypothèse que toutes les parties maçonnées en pierres de schistes étaient destinées à être cachées sous un monticule de terre figurant le Golgotha. Le calvaire de Kerbreudeur est unique par le fait que sa plus grande partie est en maçonnerie quelconque. Pourtant les frises sculptées sont très belles. La dernière sculpture qui se trouve du côté sud paraît une pièce rapportée elle n'est que partielle, On y voit les accoudoirs d'un trône et le bas d'un corps d'un personnage assis portant une robe. Peut être un fragment de la Trinité, il s'agirait de Dieu le père assis dans le Trone et tenant son fils en croix survolé par la colombe du Saint Esprit.

Nous remarquons qu'ici Kerbreudeur les sculptures sont faites sur des blocs parallèlipipèdiques, parfois sculptés sur leurs deux grandes faces, La pierre sud de la niche est de plus sculptée sur sa face ouest ce qui n'est pas le cas de la pierre nord. Mais aussi la frise du bas est sculptée sur deux faces latérales le reste de la pierre est intégré dans la maçonnerie.

Comparaison de deux scènes communes au calvaire de Tronoên et de Kerbreudeur.

Le chemin de croix: A Tronoën la scène est sur deux pierres une scène avec Jésus portant sa croix tenu encordé par deux gardes un devant l'autre derrière, deuxième pierre située derrière représente les deux larrons portant chacun sa croix en tau. ils son tenus encordés à la taille par un seul garde. Ici on n'a pas de vierge ni Saint-Jean.

Le chemin de croix de Kerbreudeur est représenté sur une seule pierre, les larrons sont attachés par le cou, le Christ est tenu par un seul garde par une corde attachée à la taille, ici on a la présence de la vierge et Saint Jean. Les personnages sont beaucoup moins dégagés de la pierre que dans celui de Tronoën.

Le Baptême de Jésus. Calvaire de Tronoën, on a deux baptêmes sur deux pierres différentes, les deux représentations sont assez semblables (on remarque que le deuxième baptême n'est pas placé sur la corniche, peut être on n'a pas osé refuser un des deux donateurs). A Kerbreudeur, on a une seule représentation du baptême, Le pot est semblable à ceux de Tronoën. l'attitude du Christ et de Saint Jean Baptiste est assez semblable à celles de Tronoën. A Kerbreudeur le Christ est immergé la partie inférieure de son corps est représentée dans des ondes. de plus un ange assiste à la scène. Saint Jean Baptiste retient sa robe de sa main gauche.

Une comparaison des deux calvaires amène à penser que c'est celui de Kerbreudeur qui serait le plus ancien. Dans les frises de Tronoën les personnages sont plus dégagés de la pierre qu'à Kerbreudeur, ce qui est poursuivi dans les calvaires postérieurs de plus les autres calvaires ont une maçonnerie en pierre de taille, alors quà Kerbreudeur il s'agit de simples moëlons de schistes. D'autre part le calvaire de Kerbreudeur a une forme unique et est construit loin de tout autre édifice religieux ou cimetière. Il ne s'agit sans doute pas du même objectif religieux, situé loin du bourg de Saint Hernin, il pouvait servir pour des offices en plein air.